Le développement des formules de propriété partagée et la difficulté de remplir certains ports imposent de nouvelles formes de gestion.

Rêver de longues années d’un bateau avant de pouvoir se l’offrir, c’était hier. Le nautisme est entré dans le marché de la consommation de loisirs. La région et la CCI d’Occitanie ont tenté d’évaluer l’importance du phénomène. « On passe de la propriété du bateau à l’usage, expliquait au dernier Salon nautique Pierre-François Alexis, chargé de la filière nautique à la CCI. Cela signifie qu’on va continuer à vendre des bateaux mais autrement, par exemple en propriété partagée, différente de la copropriété. »

En clair, avec ce système, les bateaux n’appartiennent plus à des propriétaires partageant les frais, mais à des entreprises qui en assurent la gestion. Et même si le phénomène est encore loin de se généraliser, les professionnels ont intérêt à s’y intéresser. Faute de quoi, « ce seront des gens extérieurs au milieu qui le feront, comme cela s’est passé avec la location entre particuliers », prévient Pierre-François Alexis. Pour les propriétaires, être à deux ou quatre permet d’avoir un bateau plus grand. En montant jusqu’à huit, on peut espérer disposer d’un bateau dans plusieurs ports.

Mais le propriétaire peut aussi, tout simplement, chercher à rentabiliser son bateau. La CCI de Nice-Côte d’Azur gère six ports. « Sur un même bateau, on peut avoir successivement un propriétaire, un locataire et une entreprise du CAC 40 qui le loue pour un événement. Chacun des trois n’attend pas du tout le même service du port, juge Franck Dosne, directeur des ports à la CCI. Conséquence, la longueur du bateau n’est plus le seul critère de tarification, nous faisons du « yield » en fonction du service attendu, d’autant que la consommation de fluides [essentiellement eau et électricité, NDLR] n’est plus du tout la même. »

Mouillage partagé

Pas question, pour autant, de dégoûter les clients de longue date. D’autant que, c’est nouveau, les listes d’attente pour mouiller un bateau de moins de dix mètres sont vides. Ces anneaux sont occupés essentiellement par des clients locaux. En prenant de l’âge, ils ont le plus grand mal à vendre leurs bateaux. La génération qui a fait les beaux jours de l’explosion du nautisme quitte les pontons. Pour garder des clients et en trouver de nouveaux, les ports de la Cote d’Azur proposent donc à ces plaisanciers de partager leur place de port. Concrètement, tous les ans, chaque occupant remplit une annexe au contrat qui lie le titulaire du mouillage au port. Elle répartit les frais portuaires entre les propriétaires de bateaux. Cela fonctionne tant qu’il reste, parmi les propriétaires, l’un de ceux qui avait « eu » le mouillage à l’origine. Car il est toujours interdit de revendre un mouillage qui est en fait une « autorisation d’occupation temporaire du domaine maritime ».

Pour convaincre les plaisanciers, la CCI a dû renoncer à surfacturer ces mouillages multipropriétaires. « Passer de 1.700 clients à 8.000 n’est pas une affaire, nous avons renforcé notre système de relation client, et éditer une ou cinq factures, dont 95 % sont payées en prélèvement automatique, ne bouleverse pas notre modèle », juge Franck Dosne.

D. Ma., Les Echos

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